Christophe Dalecki - Sophie Biass-Fabiani, 2005

Texte écrit et publié pour le catalogue personnel, Petit livre vert…, Clermont Communauté


Christophe Dalecki travaille sur la question essentielle de la frontière entre nature et culture. La question est  centrale pour l’anthropologie et la philosophie en général. Elle est aujourd’hui une préoccupation politique majeure. L’artiste ne propose aucune thèse ni aucune démonstration. Le mode d’intervention qu’il choisit ne présente aucune dimension didactique et aucune réponse assurée. Christophe Dalecki procède par une série de petits glissements. Un des mots-clés de son travail est la notion de métamorphose  : il a recours à un système de transformations. Les objets techniques sont extraits de leur environnement fonctionnel et sont réutilisés pour mimer la nature. Ainsi les tuyaux d’arrosage deviennent les lianes d’une jungle de plastique. On peut voir dans ces métamorphoses un clin d’œil ironique à la problématique classique de la mimésis en art. L’artiste imite la nature et quelquefois l’imitation est réussie mais l’emploi récurrent de matériaux de synthèse installe d’emblée le travail dans sa dimension artéfactuelle.


Ce faisant, l’artiste réfléchit par la pratique à la question de la relation entre l’objet technique et l’être naturel. Son travail apparaît comme un commentaire sensible sur les ruses de la culture  : nous tirons parti des ressources naturelles en les transformant (c’est le cas des objets réutilisés dans la série du plastique vert et qui proviennent de l’énergie fossile) et nous imitons la nature pour produire des objets techniques. L’œuvre de Dalecki aborde de manière ludique la relation de l’homme contemporain à la nature. D’un côté nous l’idéalisons, et nous en faisons la norme de l’authenticité et de la pureté, de l’autre, nous aspirons à nous protéger de la nature. C’est lorsque les hommes n’ont plus vécu sous la menace directe des bêtes sauvages qu’ils se sont mis à éprouver des sentiments bienveillants à l’égard des animaux.


Nous souhaitons une nature complètement domestiquée, tout en éprouvant une vénération quasi religieuse à l’égard du sauvage, de l’inculte, de la forêt primitive. En effet, la première définition de la nature c’est qu’elle n’est pas le produit d’une action. Dalecki vient nous rappeler ironiquement que nous nous situons irrémédiablement au cœur de cette ambivalence. Derrière la familiarité bonhomme des matériaux de Dalecki qui évoquent la plus paisible des vies quotidiennes, la cuisine, le jardin, un rêve de citoyen ordinaire, pointe la dimension dangereuse et peut-être mortelle d’un univers purement pétrochimique. Le travail de Dalecki se situe toujours sur la ligne de crête produite par l’inquiétante étrangeté que suscite ce petit jeu de rôles entre nature et culture. Il y a un paradoxe dans la nature de Dalecki  : son déjeuner sur l’herbe synthétique est sans doute plus réussi que sa représentation picturale. Nul insecte ne viendra déranger les pique-niqueurs. Dalecki désamorce subtilement cette étrangeté  : il nous rassure partiellement en produisant un environnement à l’échelle humaine. Il crée les conditions d’une sorte de cabinet de curiosités contemporain. Comme on le sait ce genre de configuration a pour objectif d’assurer la maîtrise de l’exotique et de l’incongru. Dalecki, sans imposer de point de vue unilatéral, laisse le regardeur jouer entre deux possibilités celle d’une nature morte, définitivement morte, et celle d’une culture rendue pleinement consciente des limites de sa maîtrise.




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Louis Doucet Frédéric Bouglé